Sans crier gare

pièce à 5 personnages, 2010.

Ce texte a été sélectionné et figure parmi les huit pièces lauréates du Concours d’Auteurs de Théâtre organisé par l’Union des Artistes Belges en 2013.

Michèle et Bernard, Jordane et François.

Deux couples, deux classes sociales différentes, des amis.

Une soirée habituelle pour eux, un rituel depuis quelques années. Ils passent même leurs vacances ensemble avec « la puce » en prime, Ophélie, la fille de Michèle et Bernard, la grande de 17 ans.

La soirée avance, quelque chose dérange, tapi en eux…Sexe, argent, alcool, douleur, oubli…Où est leur place, leur vie ?

Comme la crise s’est immiscée dans leur intimité, l’un d’eux dépècera sa propre humanité et ne laissera pas d’autre choix aux autres que d’affronter l’horreur la plus totale, celle qu’on ne peut mesurer, celle qu’on n’avait pas vu venir…

Extrait:

Personnages :

Michèle, 41 ans, infirmière, mariée à Bernard.

Bernard, 45 ans, chef de chantier, marié à Michèle.

Ophélie, 17 ans, lycéenne, fille de Michèle et de Bernard.

Jordane, 34 ans, vendeuse de vêtements, mariée à François.

François, 33 ans, banquier, marié à Jordane.

Lorsque le nom d’un personnage est souligné, il est hors scène.

 

Bernard seul.

Michèle :   Bernard ? … Bernard ?

Bernard :   Merde !

Michèle :   Quoi ?

Entre Michèle.

Bernard :   Elle est foutue maintenant !

Michèle :   De quoi tu parles ?

Bernard :   Ma chemise ! Regarde ce que tu as fait !

Michèle :   Quelle horreur ! Je viens de la repasser. Ce n’est pas moi qui ai fait cette tâche, je l’aurais vue.

Bernard :   Tu te fous de moi ? C’est là, en hurlant comme les débiles que tu soignes !

Michèle :   Je n’ai pas hurlé, je t’ai appelé !

Bernard :   Résultat, j’ai sursauté et je me suis mis du vin partout.

Michèle :   Je ne sais pas si ça va partir…

Bernard :   Une chemise toute neuve. Qu’est-ce qu’il y avait de si urgent pour que tu gueules comme ça ?

Michèle :   Rien. Je voulais te demander si tu avais pensé à ouvrir le vin. Oups !

Bernard :   Commence pas.

Michèle :   Mes patients ne sont pas débiles.

Bernard :   En attendant, comment je vais m’habiller ce soir ?

Michèle :   Toutes tes chemises sont repassées.

Bernard :   Tu connais François, il verra tout de suite qu’elle n’est pas neuve.

Michèle :   Faut toujours que tu exagères.

Bernard :   C’est toi qui me l’as fait remarquer : « il est plus fort qu’un antivol à la sortie des magasins, il repère la marque, la taille et surtout… le prix ! »

Michèle :   J’ai dit ça moi ?

Bernard :   Ouais. Enfin quelque chose comme ça.

Michèle :   J’ai dit ça quand ?

Bernard :   Tu l’as dit la deuxième… non la troisième… On s’en fout de quand tu l’as dit, tu l’as dit c’est tout.

Michèle :   Ah oui ?

Bernard :   Oui !

Michèle :   Si tu le dis… Oups !

Bernard :   Ne m’énerve pas !

Ophélie !

Michèle :   Qu’est-ce que tu lui veux ?

Bernard :   Je veux qu’elle descende. Ils vont bientôt arriver.

Michèle :   Oui, mais ils ne sont pas encore là.

Bernard :   Elle a passé la journée dans sa chambre. Qu’est-ce qu’elle peut bien y foutre toute la journée ?

Michèle :   Elle « tchate » avec ses copines. Tu l’empêches de sortir, alors elle « tchate ».

Bernard :   Elle « tchate ». Je t’en foutrai moi, des « elle tchate ».

Michèle :   Qu’est-ce que tu as aujourd’hui ?

Bernard :   Je l’empêche pas de sortir, je lui demande simplement de porter des tenues décentes !

Michèle :   C’est ça, une longue jupe noire jusqu’aux chevilles et un chemisier à manches longues boutonné jusqu’au cou. Je lui en ai commandé trois modèles pour les vacances. Et j’ai retrouvé un maillot de ma grand-mère pour qu’elle aille se baigner.

Bernard :   C’est pas drôle. Tu sais comme moi que…

Michèle :   Va te changer. Ils ne vont plus tarder maintenant.

Bernard :   Qu’est-ce que je mets ?

Michèle :   Je n’en sais rien… Habille-toi comme la première fois que tu les as vus. Avec un peu de chance, ils ne s’en souviendront plus.

Bernard :   Tu te fous de moi, là ?

Michèle :   Ne me dis pas qu’en plus de sa capacité à chiffrer ce que tu portes, François a gardé dans ses archives cérébrales toutes les tenues que tu as mises depuis qu’on se connaît.

Bernard :   Tout de même… ce que je portais la première fois ?

Michèle :   Tu t’en souviens encore ?

Bernard :   Oui, mais…

Michèle :   Alors mets ça !

Bernard :   Qui va encore passer pour un clown… ?

Michèle :   Et ne laisse pas traîner ta chemise n’importe où ! On pourrait croire que tu as tué quelqu’un.

Ophélie seule.

Ophélie :   T’as vu ? Il est génial, non ? Quoi ? Non, t’es folle ? S’il sait que je porte ça, il me tue ! Tu le connais ! Ou pire, il m’enferme chez les nonnes… si ça existe encore ! Il regarderait encore maman, il lui demanderait de porter d’énormes culottes en coton… Si, je te jure… le genre drapeaux qui flottent en été dans les jardins des vieux.

Ouais, je sais… Non, pas ce soir. Ce soir, il y a François et Jordane qui viennent manger. Mais si… le banquier et la vendeuse de fringues. Oui, encore. Le même rituel depuis trois ans. Ils se sont rencontrés en vacances et depuis, tous les quinze jours… D’ailleurs ce soir, on doit choisir où on part. Non, ils sont sympas. Un peu casse-couilles par moments, mais sympas. Avec un peu de chance, Jordane me filera peut-être deux ou trois trucs quand mon père aura le dos tourné. Le petit top blanc qui fait tourner la tête de tous les mecs, c’est elle qui me l’a filé. Cool, non ?

Quoi Aurélien ? Il sera là ? Merde. L’autre pétasse va encore se frotter à lui toute la soirée… Ouais, la Mélanie ! Cette espèce de grosse vache avec ses seins énormes, t’as pas vu comme elle se les…

Ils arrivent. Faut que je te laisse. Ouais, je vais essayer… Je te promets rien. D’habitude, je les travaille au corps toute la semaine pour qu’ils disent oui.

Je t’appelle dans une heure. Mais si je viens pas, surveille la grosse hein… Ouais, ouais, mais empêche-la de le coller. A plus !

Michèle et Bernard

Michèle :   C’est quoi cette tenue ? Tu as l’air d’un clown !

Bernard :   Tu m’as dit de m’habiller comme la première fois que je les ai rencontrés !

Michèle :   Quand on les a vus ici, pas en vacances.

                     Tu portais ça ?

Bernard :   Ben oui. Je venais de faire un tennis avec Ophélie.

Michèle :   Tu as pris tant que ça en trois ans ?

Bernard :   Ça a dû rétrécir au lavage…

La sonnerie de la maison retentit.

Michèle :      Va te changer. On dirait un satyre. Ils vont s’enfuir s’ils te voient.

Bernard :   Mais… ils sont là.

Michèle :   Dépêche-toi alors.

Ophélie, nos invités sont là !

Ophélie :   J’arrive !

Entrent Jordane et François.

Jordane :   C’est nous !

François :  Quelle surprise.

Michèle :   Vous n’avez pas eu trop de pluie sur la route ?

François :  Quelques gouttes.

Michèle :   Vous êtes venus à pied ?

François :  Non. Non, j’ai garé…

Jordane :   Pour toi !

Michèle :   Ça me gêne tous ces cadeaux !

François :  Ça nous fait plaisir.

Jordane :   C’est pour la petite. Je lui donnerai quand Bernard cuira la viande…

François :  Il n’est pas là Bernard ?

Michèle :   Il avait un peu de retard, il finit de se changer. Comme d’habitude ?

                     L’apéro ?

François :  On ne change pas les bonnes habitudes !

Michèle :   Installez-vous. Je reviens tout de suite !

Ophélie !

Ophélie :   Oui ! Oui !

Michèle sort.

Jordane :   T’en fais pas un peu trop là ?

François :  Je fais honneur à nos amis. Ce n’est pas ce que tu voulais ?

Jordane :   Vas-y doucement avec Bernard. Tu l’as déjà plumé, alors vas-y doucement.

François :  A vos ordres, chef !

Jordane :   Je déteste quand tu me parles comme ça. Si tu avais travaillé un peu moins tard hier soir, tu ne serais pas de mauvaise humeur.

François :  Excuse-moi de gagner ma vie.

Jordane :   Ton patron, il fait des heures sup, lui, sur son beau yacht à Monaco ?

François :  Mon patron permet au tien de te payer.

Jordane :   Ouais, ben, à quoi ça sert que tu gagnes autant si on arrive plus à se voir ?

François :  Tu en profites assez largement de mon salaire, non ?

Jordane :   Et c’est reparti ?

François :  J’ai reçu la note du chirurgien.

Jordane :   Stop !

Entre Bernard.

Bernard :   Mimi, oublie pas les glaçons !

François :  Tu as l’air en pleine forme !

Bernard :   Contre mauvaise fortune, bon coeur !

Jordane :   Tu es radieux !

Bernard :   C’est le plaisir de te voir.

Jordane :   C’est nouveau ça ?

Bernard :   Le mobilier de jardin ?

François :  Ah oui, je n’avais même pas remarqué.

Bernard :   Ça aurait coûté plus cher en temps et en énergie de nettoyer l’ancien.

Jordane :   C’est super !

Bernard :   On était censé les étrenner avec vous… On ne sait jamais… si la pluie s’arrête.

                     Tu es différente, toi ?

Jordane :   Ils ont dit que ça se dégagerait.

François :  Il y a longtemps que je ne me fie plus à ce qu’ils disent.

Bernard :   Il y a quelque chose qui a changé chez toi…

Jordane :   Et la puce ? Elle n’est pas là ?

François :  Dix mille euros dans les loches, voilà ce qui a changé.

Bernard :   Elle descend tout de suite.

                     Quoi ?!

Jordane :   Ne l’écoute pas, il dit n’importe quoi.

François :  Bien sûr, je dis toujours n’importe quoi.

                     D’ailleurs, appelle Michèle, il y a un n’importe quoi dont je voudrais vous parler.

Bernard :   C’est financier ?

Jordane :   Pas maintenant !

Bernard :   Sacré François ! Nos impôts vont déjà payer vos conneries et t’essaies en plus de me piquer ce qu’il me reste.

François :  Il ne faut pas voir les choses comme ça. Ecoute, j’ai…

Bernard :   Dix mille boules, ben dis donc !

François :  D’accord… plus tard.

Jordane :   Comment tu les trouves ?

François :  Dis-lui qu’ils sont beaux, sinon lundi elle double l’addition.

Entre Michèle.

Michèle :   Et voilà.

Vous avez vu mon jardin ?

Jordane :   Magnifique.

François :  Il est très beau.

Michèle :   J’y ai passé toute la semaine. Au moins deux heures par jour après le boulot. Pas vrai, chéri ?

Bernard :   Oui, trésor. Tu veux un petit massage ?

Michèle :   Tu ne manques pas de culot ! Il n’a pas voulu m’en faire un de la semaine, et maintenant qu’il y a des invités…

Jordane :   Je ne sais pas où tu trouves toute cette énergie. Et puis… j’ai pas la main verte.

Michèle :   Bernard était censé m’aider, il devait nettoyer les chaises et la table…

Bernard :   Mimi…

Michèle :   Il a préféré prendre un crédit de plus, ça lui laissait le temps de boire des coups avec ses « potes », après le travail.

Bernard :   Ça fait des années que tu lorgnes dessus ! Je pensais que ça te ferait plaisir.

Entre Ophélie.

Ophélie :   Salut.

Michèle :   J’aime, tu achètes, et le tour est joué, tout est toujours simple pour toi…

Dis donc, il n’est pas un peu court ce T-shirt ?

Jordane :   Ne l’écoute pas, ma jolie. Tu es de plus en plus belle, toi.

François :  Bonjour Ophélie.

Bernard :   Tu ne sors pas comme ça, j’espère ?

Ophélie :   Mais non, c’est pour nos invités. Si je sors, je me changerai.

Jordane :   Ne l’embête pas avec ça, Bernard. C’est la mode.

Si j’avais encore ton âge…

Bernard :   Je m’en fous que ce soit la mode…

Comment ça, si tu sors ?

Michèle :   C’est bon ! Elle te fait marcher.

François :  En parlant de mode, c’était la collection d’été il y a trois ans, ta chemise.

Michèle :   Oups !

Bernard :   Je te l’avais dit !

En fait, j’ai eu…

Michèle :   Bernard voulait marquer le coup pour fêter les trois ans de votre rencontre… avec un peu d’avance.

François :  Mais oui, tu la portais la première fois que nous sommes venus ici.

Bernard :   C’est ça.

François :  Je ne t’imaginais pas aussi sentimental.

Michèle :   Tu te rappelles toutes les tenues de tous tes clients ?

Jordane :   Je peux peut-être me rendre utile… ?

Bernard :   N’empêche, elles se rendent pas compte, ces mômes.

Michèle :   Bernard !

Ophélie :   Papa, je suis plus une môme.

Jordane :   Tu viens me donner un coup de main à la cuisine ?

Jordane et Ophélie sortent.

Michèle :   Franchement, tu es lourd.

Bernard :   Quoi, je suis lourd ? Avec tous ces tordus qui se baladent aujourd’hui.

Michèle :   Tu ne peux pas t’en empêcher, hein ? Tu lui pompes l’air, à ta fille.

Bernard :   T’es pas d’accord ?

François :  Michèle a raison : elle a dix-sept ans. Il est peut-être temps que tu la laisses un peu voler de ses propres ailes.

Michèle :   Ah ! Tu vois ? Je vais voir ce qu’elles font.

Michèle sort.

Bernard :   Tu laisserais tes filles se promener à poil, toi ?

François :  Elle n’est pas « à poil » comme tu dis. Et en ce qui me concerne, j’ai le temps de voir venir.

Bernard :   Elle a quelle âge la grande ? Cinq ans, c’est ça ? Crois-moi, ça arrivera plus vite que tu le crois. Faites des enfants, je te jure…

François :  Si tu as deux minutes, j’aimerais te parler de…

Bernard :   De quoi ? Tout ce que tu veux, mais pas boulot… et encore moins pognon.

François :  Justement, j’ai réfléchi… je ne sais pas comment te le dire mais… j’ai trouvé la solution à…

Bernard :   Ah non merci, j’ai donné. Je sais déjà pas comment je vais faire pour payer les vacances.

                    Tu as vu l’histoire de cette gamine qu’ils ont retrouvée la semaine dernière ?

François :  Quoi ? Quelle histoire ?

Bernard :   Aude Leroy, elle s’appelle. On ne parle que de ça dans les journaux, à la télé, partout.

François :  Ah… cette histoire-là ? Oui, c’est horrible.

Bernard :   Putain, c’est à trente bornes d’ici !

François :  Ça arrive. Tu le sais et je le sais.

Bernard :   Elle a pourri un mois dans la cave d’un vieil immeuble. C’est un junkie qui l’a retrouvée. Des tordus partout, je te dis.

François :  Tu te fais du mal en pensant à ça.

                     Ecoute ma proposition. Si tu acceptes, tu es sorti d’affaire.

Bernard :   J’ai dit : on ne parle pas de fric ce soir.

François :  C’est important, Bernard.

Bernard :   Tu as déjà joué au golf ?

INTERROGATOIRE.

Jordane :   Michèle et Bernard ? Sur une petite île, en Grèce. Ç’était… On était en voyage de noces avec François. J’arrive plus à me rappeler le nom de cette île. Il y a trois ans. François et moi, on s’était rencontré six mois plus tôt. Il venait de divorcer. Ça se termine par « os », ça j’en suis sûre. Il était traumatisé, le pauvre. Je parle de François. Sa femme lui en a fait baver pour le divorce. C’est tout juste si elle voulait pas l’empêcher de voir ses mômes. Il a deux petites filles : Lila et Fleur. Oui, je sais, c’est bizarre comme noms, mais ça me surprend pas de son ex. Complètement à l’ouest, cette conne. Elles avaient deux ans et six mois au moment du divorce.

            Moi ? … J’ai pas d’enfant. Ça me dit rien pour le moment. … Pourquoi ? … Non, c’est que je me sens pas encore prête. Trente et un. Oui, le même âge que François. Je suis même plus vieille que lui, de trois mois. Non, c’est moi qui l’ai dragué.

Oui, Bernard et Michèle. En fait, c’est d’abord Bernard et la puce que j’ai rencontrés. Oui… Ophélie. C’est important ? Bernard transpirait comme un phoque. Ils revenaient d’un tennis. Elle avait dû le faire courir. Il était touchant… tout rouge, à bout de souffle. Il a bousculé notre table, François a bondi pour esquiver les verres, … trop tard… sa chemise flambant neuve était foutue. François est un maniaque de la propreté. Bernard nous a invité au restaurant pour s’excuser. C’est là qu’il nous a présenté Michèle. Il a offert une magnifique chemise à François. Depuis, on ne se quitte plus. On mange ensemble tous les quinze jours et, l’été, on partage nos vacances. Parfois, j’ai l’impression que François se lasse un peu de nos habitudes. Son ascension dans la banque lui est un peu montée à la tête, il ne pense plus qu’à son boulot. Il croit que parce qu’il mange avec les riches, ils le reconnaîtront un jour comme un des leurs… Il a rien compris au jeu, je crois.

Moi ? … Ça m’éclate toujours autant de les voir.

Michèle, Bernard et François.

Michèle :   C’est quand tu veux pour la viande.

Bernard :   Le devoir m’appelle. Un autre petit jaune ?

François :  Pourquoi pas ?

Michèle :   Tu ne pourrais pas parler correctement ?

 

 


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s