la journée ordinaire d’un(e) type ordinaire dans un monde ordinaire

la journée ordinaire d’un(e) type ordinaire dans un monde ordinaire…

ou comment Caro(line), femme proche de la quarantaine, jongle et se démène pour concilier – tenter de concilier ? – sa vie de femme, de mère isolée, d’ex, d’amante, de fille, de soeur et sa vie professionnelle. Le tout en essayant de garder le sourire…

Une histoire – une vie – qui peut, de prime abord, paraître anodine voire banale. L’histoire, la vie d’un(e) de ces êtres qui composent l’essentiel de notre société occidentale. Ces êtres qui courent, qui courent, sans trop savoir pourquoi et après quoi ils courent.

 

Extrait

Personnages

1         Caro(line).

2         Hamida, son amie.

           Virginie, sa collègue.

3         Mathieu, son collègue amant.

           Dominique, un responsable de sa crèche.

4         Marco, son collègue.

           Laurent, son frère.

5         Denise, sa mère.

           Selma, sa (petite) fille.

6         Anne, sa cheffe.

           Marisa, sa subalterne.

7         Bianca, sa collègue.

           Hélène Avray, une auteure en résidence.

8         Germain, son chef financier.

           Anton, son ex, père de Selma

Monsieur Vandeput, Terminator.

À l’exception de monsieur Vandeput, les différents intervenants peuvent être visibles à tous instants, qu’ils échangent en direct ou par téléphone. Mais il ne s’agit là que d’une suggestion…

Le principe scénique et le décor sont laissés à votre entière imagination…

 

 

Anne. – C’est la seule sur qui je peux me reposer.

Mathieu. – Avec Caro, c’est autre chose… Avec elle, c’est électrique.

Virginie. – Moi et Caro ? On se connaît depuis si longtemps… Avec Germain, on est les plus anciens. Pourtant Caro est beaucoup plus jeune que nous. Enfin beaucoup… À nos âges, la différence, ça ne compte plus vraiment, non ?

Anne. – Les autres sont sans arrêt en train de critiquer, de comploter, d’élaborer leur stratégie carriériste – comme moi ? – pendant que ma Caro, elle, déploie toute son énergie à faire tourner la boutique. Je ne sais pas comment je pourrais faire sans elle.

Bianca. –  C’est son genre que je n’aime pas trop. Si on peut appeler cela un genre. Ce côté toujours un peu ailleurs, un peu traquée, avec ses grands yeux de biche qui regardent on ne sait pas où. C’est sûr que ça donne envie à tous les hommes de la protéger…

Germain. – Les choses se sont mal emboîtées au départ. Je l’ai peut-être un peu trop chambrée et, du coup, elle m’a pris en grippe. Alors qu’en fait, je n’ai rien contre elle. Je l’aime plutôt bien, notre grande Caro…

Bianca. – Depuis le temps que je la connais, je n’arrive toujours pas à savoir si elle est vraiment comme ça ou si c’est juste une technique de drague.

Marco. – Caro ? Non, elle est cool comme nana. Parfois un peu chiante, un peu psychorigide, mais en générale, ça va. Déjà je la vois à peine. Elle passe tout son temps à taper comme une frappadingue sur son ordinateur en bouffant ses graines. C’est incroyable ce qu’elle peut bouffer comme graines sur une journée ! Même un pigeon, il n’en bouffe pas autant…

Virginie. – Je la revois à ses débuts, toute timide, paniquée dès qu’on la regardait droit dans les yeux. Ça a bien changé… Encore que… Je n’en sais rien, dans le fond.

Quand j’y repense, c’est tout juste si je me rappelle la tête du père de sa fille. Pourtant ils sont restés ensemble… sept ans, je crois… Huit ?… Ou un peu plus ? Pas mon style, le bonhomme. Un peu trop bohème à mon goût. Je n’arrive pas à comprendre comment Caro a pu rester si longtemps avec lui.

Germain. – Mais elle m’énerve. Elle fait tout trop. Trop de bruit en mangeant, trop de bruit en tapant sur le clavier de son ordinateur, trop de grands mouvements avec ses trop grands bras. Elle est plutôt efficace dans son travail, mais elle m’énerve.

Mathieu. – Caro, c’est différent. Quand je vois son cul, ça m’électrise. Dès qu’on est dans la même pièce, je ne pense plus qu’à ça.

Anne. – En dehors de son boulot et de sa môme, je ne sais pas trop ce qui l’intéresse, si quelque chose l’intéresse. Du coup, je peux lui confier plein de tâches en plus, elle ne dit jamais non… Mais je l’aime beaucoup.

Salon de Caro(line).

Caro(line) à son portable collé à l’oreille. Elle parle à voix basse.

Caro. – Attends, quitte pas.

Caro(line) consulte un message sur son portable.

Voix de Anton. – Pas possible ce soir. Passerai demain matin.

Caro. – Fait chier.

Son amie Hamida lui répond.

Hamida. – Anton ?

Caro. – Quoi ?

Hamida. – Il n’y a qu’avec lui que tu as ce ton-là ?

Caro. – Il me fait chier.

Hamida. – Tu regrettes ?

Silence.

Hamida. – Tu regrettes.

Caro(line) soupire.

Hamida. – Et l’autre, il est où ?

Caro. – Là, il est aux chiottes.

Hamida. – Ça a l’air de devenir sérieux vous deux…

Caro. – Sérieux quoi ? Ça fait pas un mois.

Chambre de Caro(line).

Caro(line) et Mathieu sont étendus.

Mathieu. – C’était bien ?

Caro. – …

Mathieu. – Tu dis rien.

Caro(line) soupire.

Mathieu. – Ça va ?

Caro. – Oui, pourquoi ?

Mathieu. – Tu soupires.

Caro. – Ah bon ? Il reste du vin ?

Mathieu. – Pourquoi tu soupires si ça va ?

Caro. – Je sais pas.

Silence.

Caro. – Faut que tu y ailles.

La petite Selma appelle.

Voix de Selma. – Maman !

Caro(line) soupire.

Mathieu. – Reste.

Caro. – Elle ne se rendormira pas si je ne n’y vais pas. Faut que tu y ailles.

Mathieu. – Jusqu’au lever du jour…

Caro. – Faut que tu y ailles.

Voix de Selma. – Maman !

Caro. – J’arrive mon ange !

 

Caro(line).

Caro. – Moi, c’est Caroline. Mais pour tout le monde, je suis Caro. J’approche doucement de la quarantaine et me débrouille comme je peux avec ma fille, Selma.

Selma…

Mon soleil, ma vie. Elle a un peu plus de deux ans.

Je l’élève seule. Avec son père, les choses se sont un peu… disons… compliquées… il y a… huit mois ? Oui, ça fait déjà huit mois. Heureusement, j’ai un boulot, sans ça, je sais pas trop comment je tiendrais le coup. Comment je m’en sortirais, je veux dire.

Pour Selma.

Et pour moi.

J’aime bien ce que je fais, mais j’ai trop de boulot. Un boulot avec trop de boulot ! Et pas assez de temps. Je ne sais pas si c’est le cas pour les autres, mais moi, je n’ai jamais assez de temps. Et quand, par hasard, une petite plage de liberté réussit l’exploit de s’immiscer dans mon planning, fragile et hypothétique espoir de quelques heures d’insouciance, il y a toujours quelque chose ou quelqu’un pour m’en priver à la dernière seconde. Tellement frustrant… mais je m’y suis faite à la longue.

Pour Selma parfois je m’inquiète.

Cuisine de Caro(line).

Voix de Hamida. – Alors, la nuit ?

Caro(line) pianote sur son portable.

Caro. – Te raconterai.

La petite Selma appelle.

Voix de Selma. – Maman !

Caro. – Je dois y aller.

              (à Selma) J’arrive mon ange !

Caro(line) décroche son portable.

Caro. – Je me dépêche.

Anne. – La réunion… à 10 heures. Je compte sur toi !

Caro. – Je suis en route.

Anne. – Tu as avancé sur l’édito ?

Caro. – Je suis en route.

Crèche de Caro(line).

La petite Selma appelle.

Voix de Selma. – Maman ! Maman !

Caro. – Désolé pour le doudou.

Dominique. – On se débrouillera, ne vous inquiétez pas.

Voix de Selma. – Maman !

Dominique. – On a l’habitude. Qui la récupère aujourd’hui ?

Caro. – Moi, pourquoi ?

Dominique. – Si ça ne vous ennuie pas… essayez d’être à l’heure.

Caro. – Pas de problème.

Dominique. – Les journées sont longues pour tout le monde… pour nous aussi.

Caro. – À ce soir.

Voiture de Caro(line).

Hamida. – Ils ne manquent pas de culot ! Change de crèche ! Quand je pense au fric que tu leur laisses chaque mois !

Caro. – J’ai un double appel… Ma mère.

Caro(line) pianote sur son portable.

Denise. – Ma chérie, c’est maman…

Caro. – Oui, maman. J’ai pas le temps, je suis en ligne.

Denise. – Déjà ? Avec qui ?

Caro. – Ça ne te regarde pas avec qui.

Denise. – Tu es encore à la maison ?

Caro. – Non, je suis en route pour le bureau. Comme tous les matins à la même heure, quand tu m’appelles pour me dire…

Denise. – Qu’est ce que tu veux que je te dise ?

Caro. – C’est bien ça le problème, pour ne rien me dire.

Denise. – Je suis ta mère, je te prie de me parler avec respect.

Caro. – Mais avance, abruti !

Denise. – Mais… Tu conduis ? Tu ne dois pas téléphoner au volant, tu le sais ?

Caro. – Oui, je le sais, maman. Pourquoi tu m’appelles toujours à cette heure-ci, puisque tu sais que je suis dans la voiture et que je conduis ?

Denise. – Qu’est-ce que tu dis ?

Caro. – Quitte pas.

Caro(line) pianote sur son portable.

Hamida. – C’est elle, je suppose ?

Caro. – À midi chez Mika.

Caro(line) pianote sur son portable.

Caro. – Maman ! Maman !

Sa mère a raccroché. Caro(line) soupire.


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